Accueil | Descriptif de la maladie | Bactéries et vaccin | La tique | Prévention | Nous constatons ! | Symptômes, aide au diagnostic | Quoi de Neuf ? | Témoignages | Paroles d'un proche | Rejoindre et aider l'association | En souvenir d'eux | Liens | Poésies

Bactéries et vaccin


Introduction

Ce n'est qu'en 1982 aux Etats-Unis qu'une étiologie infectieuse a été attribuée aux nombreux cas d'arthrite observés quelques années plus tôt dans la région de Lyme, dans le Connecticut. Ainsi un spirochète, Borrelia burgdorferi, fut reconnu responsable de ce qu'on appelle désormais la borréliose de Lyme.

Pourtant cette maladie avait fait l'objet, dès la fin du
19ème siècle et début des années 1900, de plusieurs communications avec notamment la description des manifestations cutanées actuellement désignées "Erythème Migrant" ou EM et "Acrodermatite Chronique Atrophiante" ou ACA.

Plus tard furent décrites les manifestations neurologiques de la maladie,
puis enfin l'atteinte articulaire (arthrite) vint compléter le tableau clinique de l'infection due à B. burgdorferi.

La borréliose de Lyme est une
maladie vectorielle transmise à l'homme par l'intermédiaire d'un arthropode vecteur, une tique dure du genre Ixodes. S'agissant d'une bactérie strictement parasite, le réservoir naturel de bactéries est essentiellement constitué des petits rongeurs, et plus accessoirement de plus gros mammifères (cervidés) ou des oiseaux.


Diversité des espèces, répartition géographique et rôle pathogène.

Il est maintenant couramment admis que la diversité des manifestations cliniques observées lors de cette maladie peut être, au moins en partie, attribuée à l'existence de plusieurs espèces regroupées sous le terme de B. burgdorferi sensu lato. Ce sont les variations observées dans la composition de l'ADN chromosomique de ces bactéries qui sont à la base de la définition des espèces constituant le complexe B. burgdorferi sensu lato. Bien que B. burgdorferi sensu lato soit disséminée mondialement sur toute la zone tempérée de l'hémisphère nord, la plupart des espèces ont une répartition géographique plus ou moins étendue se superposant souvent à celle de leur vecteur.

Trois espèces sont pathogènes pour l'homme:

- B. burgdorferi sensu stricto est présente en Europe où elle est
transmise par le vecteur Ixodes ricinus. Aux USA, où elle est la seule espèce pathogène, elle est transmise par Ixodes scapularis sur la côte est et par I. pacificus sur la côte Ouest. B. burgdorferi sensu stricto est absente d'Asie. B. burgdorferi sensu stricto est principalement, mais non exclusivement, responsable d'arthrites, ce qui explique que l'arthrite soit la manifestation de la maladie la plus fréquemment observée aux USA.

- B. garinii et B. afzelii sont toutes deux présentes en Europe, transmises par le vecteur I. ricinus, et en Asie transmises par I. persulcatus.

B. garinii est préférentiellement retrouvée à l'origine des manifestations neurologiques, principalement la méningoradiculite se traduisant par des douleurs intenses, souvent nocturnes suivant le trajet d'une racine nerveuse. Cette espèce est la plus fréquente en Europe, où la borréliose de Lyme a surtout une traduction neurologique.

B. afzelii est l'espèce quasi exclusivement responsable des lésions
cutanées tardives de l'ACA.

Ces trois espèces sont associées à la lésion caractéristique d'érythème migrant.


Certaines espèces ne sont pas pathogènes pour l'homme:
B. japonica, B. turdi, et B. tanukii, strictement japonaises et dont les vecteurs spécifiques sont respectivement I. ovatus, I. turdus et I. tanukii.

B. andersonii, strictement américaine dont le vecteur spécifique
est I. dentatus et le réservoir, le lapin.

Il existe donc pour ces espèces non pathogènes une spécificité stricte de
vecteur, ce qui n'est pas le cas des espèces pathogènes.

Pour d'autres enfin, la pathogénicité pour l'homme est inconnue:
B. valaisiana est présente en Europe, associée à I. ricinus et en Asie associée à I. columnae et I. nipponensis. L'ADN de bactéries appartenant à cette espèce a été détecté à partir de produits pathologiques humains par une technique d'amplification génique; cependant, aucune souche n'ayant jamais été isolée d'un patient, il est actuellement impossible d'attribuer avec certitude un rôle quelconque à B. valaisiana dans l'étiologie de la borréliose de Lyme.

B. lusitaniae est présente en Europe où elle n' a été isolée qu'à
partir d' I. ricinus. Elle est également présente en Afrique du Nord.

B. bissettii est présente dans le Sud et sur la côte Ouest des USA,
associée essentiellement à I. spinipalpis mais aussi à I. pacificus.

Nous disposons actuellement d'un trop petit nombre de représentants de ces
deux dernières espèces pour définir si elles ont ou non un rôle pathogène.

Cette diversité est un obstacle majeur à un vaccin universel.

A la diversité des espèces s'ajoute encore une diversité à l'intérieur de chacune des espèces, principalement de l'espèce européenne la plus fréquente, B. garinii. Cette diversité concerne en particulier les protéines associées à la membrane externe de la bactérie, appelées protéines OspA et OspC. Un vaccin a été élaboré à partir de OspA, protéine immunogène et protectrice. Or cette protéine est extrêmement variable d'une espèce de Borrelia à l'autre mais aussi d'une souche à l'autre, en particulier au sein de l'espèce B. garinii où cette variabilité a même été utilisée comme méthode de typage des souches. Ce vaccin protège donc bien contre l'infection ultérieure par une souche de B. burgdorferi sensu stricto dont la protéine OspA est très proche de celle de la souche utilisée pour le vaccin. Ainsi, ce vaccin est efficace aux Etats-Unis où la seule espèce pathogène est B. burgdorferi sensu stricto.

Par contre, en Europe où les trois espèces pathogènes sont présentes et où l'espèce majoritaire B. garinii est aussi celle dont les protéines Osp sont les plus hétérogènes, le vaccin est inutilisable, puisque les anticorps induits par la vaccination ne reconnaîtront pas ces protéines. Ceci explique aussi le fait qu'il est inenvisageable qu'un vaccin basé sur les protéines de membrane externe (les plus immunogènes mais aussi les plus variables) puisse être efficace contre l'infection par toutes les souches pathogènes présentes en Europe.

Docteur Daniele Postic
Unite de Bacteriologie Moleculaire et Medicale
Institut Pasteur

 

Haut de page